Déposer une marque au Luxembourg : marque Benelux ou marque de l’Union européenne ?

Votre nom commercial, votre logo, le nom de votre application : c’est souvent ce que vos clients retiennent de vous. C’est aussi ce qu’un investisseur ou un acquéreur vérifiera en premier. Pourtant, de nombreuses entreprises utilisent leur marque depuis des années sans l’avoir déposée.

Au Luxembourg, comme en Belgique et aux Pays-Bas, c’est l’enregistrement qui vous rend propriétaire de votre marque, pas le simple fait de l’utiliser. Ce guide vous explique comment enregistrer une marque au Luxembourg et dans l’Union européenne : quel office choisir, quelles étapes suivre, quel budget prévoir et comment défendre votre marque une fois enregistrée.

Pourquoi enregistrer votre marque ?

L’enregistrement vous donne un droit de propriété sur votre marque. Ce droit produit ses effets à compter de la date de dépôt de la demande. La protection dure 10 ans et se renouvelle indéfiniment.

Concrètement, une marque enregistrée vous permet :

  • d’agir contre un concurrent qui utilise un signe identique ou similaire pour des produits ou services proches ;
  • de vous opposer au dépôt d’une marque qui entre en conflit avec la vôtre ;
  • de valoriser votre marque comme un actif de l’entreprise : vous pouvez la céder, la concéder en licence ou la présenter lors d’une levée de fonds.

À l’inverse, une marque non déposée vous expose à un double risque : un tiers peut la déposer avant vous, et vous pouvez découvrir que vous utilisez sans le savoir la marque d’un autre. Dans les deux cas, le prix à payer est souvent un changement de nom, avec tout ce que cela implique pour votre image et vos supports.

Marque Benelux ou marque de l’Union européenne : quel dépôt choisir ?

Il n’existe pas de marque purement luxembourgeoise. Pour protéger une marque au Luxembourg, deux voies principales s’offrent à vous.

La marque Benelux se dépose auprès de l’Office Benelux de la Propriété Intellectuelle (OBPI, ou BOIP en anglais). Elle vous protège en une seule démarche au Luxembourg, en Belgique et aux Pays-Bas.

La marque de l’Union européenne se dépose auprès de l’Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle (EUIPO). Elle vous protège dans les 27 États membres. On la désignait autrefois sous le nom de « marque communautaire ».

Marque BeneluxMarque de l’Union européenne
OfficeOBPI (BOIP)EUIPO
TerritoireLuxembourg, Belgique, Pays-BasLes 27 États membres de l’UE
Durée de protection10 ans, renouvelable10 ans, renouvelable
Délai d’opposition2 mois après la publication3 mois après la publication
Taxe de base (une classe, dépôt en ligne)244 €850 €

Comment choisir ? La réponse dépend de votre marché, aujourd’hui et dans les prochaines années.

  • Votre activité est centrée sur le Luxembourg et ses voisins immédiats : la marque Benelux est souvent suffisante.
  • Vous vendez ou prévoyez de vendre dans plusieurs pays européens, ou en ligne : la marque de l’Union européenne offre une couverture bien plus large pour un coût maîtrisé.

Un point à connaître : la marque de l’Union européenne est un titre unique. Si le titulaire d’une marque antérieure dans un seul État membre s’y oppose avec succès, c’est l’ensemble de la demande qui peut être bloqué. D’où l’importance de la recherche d’antériorité, à l’échelle européenne.

Les deux voies peuvent aussi se combiner. Après un premier dépôt, vous disposez d’un délai de six mois pour étendre votre protection à d’autres territoires en conservant la date de votre premier dépôt : c’est ce qu’on appelle le droit de priorité.

Les étapes pour enregistrer une marque

1. Vérifier la disponibilité de votre marque : la recherche d’antériorité

C’est l’étape la plus importante, et la plus souvent négligée. Les offices ne vérifient pas d’eux-mêmes si une marque identique ou similaire existe déjà. C’est au titulaire de la marque antérieure d’agir, en formant opposition ou en engageant une action en contrefaçon.

Une recherche d’antériorité consiste à examiner les registres de marques (Benelux, Union européenne, et le cas échéant nationaux) pour identifier les signes identiques ou similaires, déposés pour des produits ou services identiques ou similaires aux vôtres. Les bases de données sont généralement gratuites : le registre de l’OBPI, celui de l’EUIPO, ou encore l’outil TMview, qui réunit les registres de nombreux offices.

L’accès est gratuit, l’interprétation l’est moins. Deux marques peuvent entrer en conflit sans être identiques : une ressemblance visuelle, phonétique ou intellectuelle peut suffire. Il est également utile de vérifier les dénominations sociales, les noms commerciaux et les noms de domaine.

2. Vérifier que votre signe peut être protégé

Pour être enregistrée, une marque doit remplir trois conditions :

  • être disponible : ne pas porter atteinte à des droits antérieurs (marque, nom commercial, droit d’auteur…) ;
  • être licite : ne pas être contraire à l’ordre public ou trompeuse ;
  • être distinctive : permettre au public d’identifier l’origine de vos produits ou services. Un terme purement descriptif, comme « Pain frais » pour une boulangerie, sera refusé.

3. Choisir le type de marque

Les types les plus courants sont :

  • la marque verbale (ou nominale) : un mot ou une combinaison de mots, sans élément graphique ;
  • la marque figurative : un logo ou un élément graphique, sans mot ;
  • la marque semi-figurative : un mot présenté sous une forme graphique particulière, avec un logo, une police ou des couleurs spécifiques.

D’autres types existent (marque de forme, sonore, de couleur, de mouvement, etc.). En pratique, la marque verbale protège le mot lui-même, quelle que soit sa présentation graphique : c’est souvent le choix le plus protecteur pour un nom.

4. Choisir les classes de produits et services

Chaque marque est déposée pour une liste de produits et services, répartis en 45 classes selon la classification internationale de Nice. Ce choix détermine l’étendue de votre protection et le montant des taxes.

Il demande un équilibre. Une liste trop étroite laisse des activités sans protection. Une liste trop large augmente le coût et le risque d’opposition, et une marque doit être effectivement utilisée pour les produits et services déposés : à défaut d’usage pendant cinq ans, vous vous exposez à une demande de déchéance.

5. Déposer la demande

Le dépôt se fait en ligne, sur le site de l’office choisi. La demande d’enregistrement comprend généralement :

  1. le type de marque (verbale, figurative, semi-figurative…) ;
  2. la représentation du signe choisi ;
  3. la liste des produits et services, classe par classe ;
  4. le cas échéant, la revendication d’un droit de priorité fondé sur un dépôt antérieur à l’étranger ;
  5. le nom et l’adresse du déposant, qui deviendra titulaire de la marque ;
  6. le cas échéant, le nom et l’adresse du mandataire qui effectue le dépôt.

Le dossier de dépôt comprend la demande elle-même et le justificatif du paiement des taxes.

6. Examen, publication et délai d’opposition

L’office examine si la marque peut être enregistrée (caractère distinctif, licéité). La demande est ensuite publiée. S’ouvre alors un délai pendant lequel les titulaires de droits antérieurs peuvent former opposition :

  • marque Benelux : 2 mois à compter de la publication du dépôt ;
  • marque de l’Union européenne : 3 mois à compter de la publication de la demande au Bulletin des marques de l’Union européenne.

En l’absence d’opposition ou une fois celle-ci rejetée, la marque est enregistrée.

Combien coûte un dépôt de marque ?

Le coût d’un dépôt se compose des taxes officielles, versées à l’office, et le cas échéant des honoraires de votre avocat. Voici les taxes officielles pour un dépôt en ligne d’une marque individuelle, au moment de la rédaction de cet article :

Taxes officiellesMarque BeneluxMarque de l’Union européenne
Première classe (incluse dans la taxe de base)244 €850 €
Deuxième classe27 €50 €
Chaque classe à partir de la troisième81 €150 €

Exemple : une marque déposée dans trois classes coûte 352 € de taxes au Benelux et 1.050 € dans l’Union européenne. Un dépôt sur papier entraîne un surcoût. Les tarifs à jour sont publiés sur les sites de l’OBPI et de l’EUIPO.

Après l’enregistrement : faire vivre et défendre votre marque

L’enregistrement n’est pas une fin en soi. Pour que votre marque garde sa valeur :

  • Utilisez-la pour les produits et services déposés, de manière réelle et sérieuse.
  • Surveillez les nouveaux dépôts : les délais d’opposition sont courts, et une marque proche de la vôtre peut être enregistrée si personne ne réagit à temps.
  • Renouvelez-la tous les 10 ans.
  • Sécurisez vos droits sur le logo : si votre logo a été créé par une agence ou un freelance, assurez-vous qu’un contrat vous cède bien les droits d’auteur. La marque et le droit d’auteur sont deux protections distinctes.
  • Encadrez son exploitation par des contrats de licence ou de cession lorsque vous la confiez à un partenaire.

Et si un conflit survient, il faut agir vite. Nous négocions d’abord, nous plaidons si nécessaire : opposition, mise en demeure, négociation, puis action devant le juge lorsque c’est la bonne option. Un exemple tiré de nos dossiers : une association s’était opposée au dépôt de la marque qu’un client utilisait depuis des années. Nous avons immédiatement démontré les droits d’auteur antérieurs du client sur son logo. Le dossier s’est conclu par un accord, chacun conservant son logo.

Et pour la France ou le reste du monde ?

La marque Benelux ne protège pas en France. Si la France est votre marché principal hors Benelux, un dépôt auprès de l’Institut national de la propriété industrielle (INPI) peut être pertinent. Pour une protection au-delà de l’Union européenne, le système international de Madrid permet d’étendre une marque à d’autres pays à partir d’un dépôt existant.

Comment Infuero vous accompagne

Chez Infuero, la protection de votre marque fait partie du quotidien de votre entreprise. Avec l’abonnement juridique, de la recherche d’antériorité au dépôt de votre marque au Benelux, dans l’Union européenne ou en France, tout est inclus dans votre montant mensuel fixe (seules les taxes officielles restent à votre charge). Les contrats de cession et de licence de droits sont également inclus, tout comme les mises en demeure et les négociations amiables.

Si un litige doit être porté devant un juge, nous vous proposons un forfait séparé, annoncé avant de commencer. Vous êtes défendu par des avocats à la Cour qui connaissent déjà votre marque et votre dossier.

L’abonnement est proposé à 750 € HT par mois pour les TPE et indépendants, et à 1.210 € HT par mois pour les PME et startups, sans compteur. Vous avez un besoin ponctuel ? Nous vous remettons une proposition écrite à prix fixe sous 48 heures ouvrées.

Vous souhaitez protéger votre marque ? Parlez à un avocat : le premier échange est gratuit et sans engagement.

Questions fréquentes sur le dépôt de marque

Peut-on déposer une marque uniquement au Luxembourg ?

Non. Il n’existe pas de marque purement luxembourgeoise. Une marque Benelux, déposée auprès de l’OBPI, couvre à la fois le Luxembourg, la Belgique et les Pays-Bas.

Combien de temps dure la protection d’une marque ?

Une marque Benelux ou de l’Union européenne est protégée pendant 10 ans à compter de la date de dépôt. Elle peut être renouvelée indéfiniment, par périodes de 10 ans.

Combien de temps faut-il pour enregistrer une marque ?

La durée dépend notamment de l’examen par l’office et de l’existence d’une opposition. Il faut au minimum compter le délai d’opposition : 2 mois après publication pour une marque Benelux, 3 mois pour une marque de l’Union européenne. L’OBPI propose également un enregistrement accéléré, moyennant une taxe supplémentaire.

L’office vérifie-t-il que ma marque n’existe pas déjà ?

Non. L’office vérifie que votre marque peut être protégée, mais pas qu’elle est disponible. C’est pourquoi une recherche d’antériorité avant le dépôt est essentielle.

Que faire si quelqu’un utilise une marque proche de la mienne ?

Tout dépend de la situation : date des droits de chacun, ressemblance des signes, proximité des activités. La première étape consiste à évaluer vos chances avec franchise, puis à agir : opposition si la marque vient d’être déposée, mise en demeure, négociation, et si nécessaire action en contrefaçon devant le juge.